Ils sont arrivés lentement, moteurs encore chauds des jours de mobilisation, mais le cœur lourd. Plus de cent cinquante agriculteurs des Hautes-Pyrénées, à l’appel de la Coordinatio Rurale, ont quitté leur rond-point de Séméac pour rejoindre la grotte de Lourdes, comme on se tourne vers un dernier recours. À bord d’une cinquantaine de tracteurs, ils ont traversé la ville dans un mélange de détermination et de fatigue, accueillis par le Père Michel Daubanes, recteur du sanctuaire, venu leur offrir un espace où déposer leur colère et leur inquiétude.
Sous une pluie battante, le cortège s’est avancé en silence jusqu’à la grotte. Là, des prières ont été prononcées pour ceux qui travaillent la terre et qui, aujourd’hui, ne parviennent plus à en vivre. Les mots ont évoqué la détresse psychologique, les troupeaux menacés par la dermatose nodulaire, les contraintes économiques qui s’accumulent, les accords internationaux qui fragilisent encore davantage les exploitations. Beaucoup ont confié espérer un signe, un souffle, quelque chose qui redonne sens et perspective.
Après un passage aux brûloirs à cierges, où une flamme a été déposée comme un geste de résistance, une délégation a été reçue à la mairie de Lourdes. Avant de repartir vers leur rond-point, le prêtre a béni chaque tracteur et symboliquement les troupeaux, représentés par une vache factice. Les agriculteurs savent que la route sera longue, mais ils ont voulu montrer qu’ils ne renonceront pas — même si cela signifie passer Noël sur l’asphalte.